Un petit blindé gris qui détale dès qu’on soulève la caisse de bois : le cloporte a ce talent de surgir là où on ne l’attend pas. Sa présence chez vous raconte une seule chose et ce n’est pas une histoire de ménage. Ça sent l’humidité quelque part. Trois leviers suffisent à le renvoyer dehors : assécher, colmater, repousser. Sans le moindre insecticide, pour une raison assez surprenante.
Le cloporte, un crustacé qui trahit un excès d’humidité

Première surprise : ce n’est pas un insecte. Le cloporte appartient à l’ordre des isopodes, une famille de crustacés terrestres qui a troqué la mer contre la terre ferme. Il mesure entre treize et dix-huit millimètres, porte une carapace segmentée grise, brune ou presque noire et se roule en boule au moindre danger. Sur les 4 000 espèces recensées dans le monde, environ 220 vivent en France.
Deuxième surprise : il ne dégrade rien. Il ne ronge pas le bois sain, n’attaque ni les matériaux ni le mobilier, ne pique pas et ne transmet rien. Son menu se compose de matière organique en décomposition : feuilles mortes, bois pourri, cadavres de fourmis. Au jardin, les jardiniers l’accueillent volontiers comme accélérateur de compost.
Le vrai message se cache derrière sa visite. Un logement dont l’hygrométrie dépasse 70 % devient un aimant à cloportes. Fuite dans un mur, remontées capillaires, condensation, ventilation aux abonnés absents : le crustacé pointe le défaut du doigt. On lui associe bien, dans les traditions populaires, tout un jeu de présages liés à sa venue mais côté bâtiment le diagnostic reste nettement plus terre à terre. Visez plutôt 40 à 50 % d’humidité relative chez vous puis tenez-vous sous la barre des 55 %, histoire de couper l’herbe sous le pied à toute la faune de l’humide.
Les recoins où ils s’installent en priorité
Inutile de fouiller toute la maison. Les cloportes suivent l’eau et l’obscurité, ce qui réduit la zone de recherche à quelques points chauds :
- sous l’évier et le lavabo, là où un siphon suinte
- la cave, le sous-sol et le vide sanitaire
- la buanderie, autour du lave-linge et des tuyaux
- le garage et le tas de bûches stocké à l’intérieur
- les fissures des murs, les plinthes décollées, les joints de fenêtre fatigués
Repérer leur point d’entrée revient souvent à trouver la fuite avant même de la chercher. Un cloporte sous un placard de cuisine mérite un coup d’œil au raccord de plomberie qui se trouve juste derrière.
Se débarrasser des cloportes sans insecticide
Le rayon droguerie ne vous sera d’aucun secours ici.
Aucun produit insecticide n’est conçu pour éliminer les cloportes : le seul traitement qui tient dans la durée, c’est l’assèchement.
Commencez par le geste gratuit : ouvrez les fenêtres dix minutes matin et soir, dans chaque pièce, y compris en hiver. Un hygromètre à quelques euros vous dira où vous en êtes. Si l’aiguille reste plantée au-dessus de 60 %, passez à la vitesse supérieure avec un déshumidificateur dans la cave ou la buanderie, les deux pièces qui plombent la moyenne du logement.
Traitez ensuite la source. Une fuite se répare, un mur qui pompe l’eau du sol se traite puis s’habille d’un revêtement adapté, une VMC essoufflée se remplace, en vérifiant au passage les pièces que la réglementation oblige à ventiler. Nettoyez les moisissures au passage : elles accompagnent presque toujours une colonie installée. Les cloportes visibles se ramassent à l’aspirateur ou se déposent dehors, près du compost, où ils reprennent leur métier de décomposeur.
Qu’est-ce que les cloportes détestent ?
La lumière, la chaleur sèche et quelques odeurs bien senties. Ces répulsifs naturels complètent l’assèchement sans jamais le remplacer.
| Solution | Comment ça agit | Où la placer |
|---|---|---|
| Terre de diatomée | Poudre abrasive qui dessèche la carapace | Plinthes, fissures, seuils, sur une surface bien sèche |
| Huile essentielle de margousier (neem) | Odeur répulsive, quelques gouttes suffisent | Lieux de passage, angles de pièce |
| Ampoule allumée plusieurs jours | Ils fuient la lumière | Garage, cave, sous-sol |
| Feuilles de sauge | Parfum puissant qui les dissuade | Placards bas, rebords de fenêtre |
Un détail que peu d’articles précisent : la terre de diatomée perd son pouvoir desséchant dès qu’elle prend l’humidité. Sur un sol de cave mouillé, elle ne fait plus rien. Appliquez-la sur une surface sèche puis renouvelez la poudre après chaque épisode humide, sinon vous saupoudrez pour rien.
Empêcher leur retour, saison après saison
Un logement assaini se referme aussi de l’extérieur. Passez un cordon de mastic dans les fissures des murs, ajoutez un bas de porte sur les accès du garage et de la cave, reprenez les joints de fenêtre qui bâillent. Ces micro-travaux valent tous les répulsifs du monde.
Éloignez ensuite le garde-manger. Le tas de feuilles mortes, le bois de chauffage et le compost migrent au fond du jardin plutôt que contre la façade. Videz les poubelles jusqu’au fond, couvercle fermé, puis nettoyez le bac de temps en temps. Inspectez chaque bûche avant de la rentrer : c’est le taxi préféré du cloporte vers votre salon. Décalez enfin les pots de fleurs des portes et des fenêtres. Faites vérifier les gouttières qui débordent contre le mur. En quelques semaines, l’air redevient sec, les carapaces disparaissent et votre cave retrouve son statut de rangement plutôt que de refuge tropical.







